Des experts ou des bénévoles pour du social ? (CSSS Montagne)
Titem | 6 février 2008C’est le genre de situation que j’avais envie de connaître. “Thibaut tu pars ce soir assister au conseil d’administration du CSSS de la Montagne”. On me dit ça en début d’après-midi, cette réunion doit avoir lieu à 18h30, je dois passer par chez moi charger mon appareil photo. J’ai donc quelques heures pour prendre les infos nécessaires, comprendre le contexte et les enjeux du reportage… Voilà, la dépêche qui tombe, le scoop à couvrir rapidement. Il ne manque plus que l’article à rédiger à moins d’une heure de la tombée mais je n’en étais pas encore là !
Un peu d’explication s’impose… Attention accrochez-vous, on entre dans les détails du fonctionnement du système de santé québécois et ses liens avec le milieu communautaire ! Alors bien sûr, c’est l’objet de mon stage que d’essayer de comprendre le milieu où je travaille : quartier, ville, région, pays… Mais je ne prétends pas avoir tout parfaitement compris.
Alors pour info, un CSSS (prononcer “c-trois-zess”) est un Centre de Santé et de Services Sociaux, qui regroupe des services de dispensaire, de médecine générale et spécialisée, d’assistance sociale. 95 d’entre-eux ont été mis en place par le Gouvernement du Québec en juin 2004 dans l’objectif “de rapprocher les services de la population et de les rendre plus accessibles, mieux coordonnés et continus”. Ce sont donc des organismes publics, dotés d’une certaine autonomie pour l’exécution de leur mission, issus de la fusion de différents services médicaux et sociaux, comme les CLSC (Centre Local de Services Communautaires) ou les CHSLD (Centre Hospitalier de Soin de Longue Durée)… Pour en savoir plus : consulter cette page du Ministère de la Santé et des Services Sociaux.
J’avais déjà suivi la présentation des travaux pour le nouveau CLSC , qui desservira les quartiers Saint-Michel et Saint-Léonard. Ici, on s’intéresse au CSSS de la Montagne, en charge des quartiers Parc-Extention et Côte-des-Neiges, marqués par leur forte proportion de population immigrante, souvent en détresse sociale. Notez que les quartiers Saint-Léonard et Côte-des-Neiges ne sont pas couverts par le Journal Communautaire Le Monde.
Que se passe-t-il donc au CSSS de la Montagne pour qu’un communiqué de presse nous prévienne quelques heures avant qu’il faut nous rendre à leur Conseil d’Administration ? Pour essayer de comprendre, je replonge dans l’article du mois dernier que mon rédacteur en chef et maître de stage a consacré à ce même sujet.
Pour faire simple, un rapport a conseillé le remplacement des postes “d’organisateurs communautaires” du CSSS qui travaillaient avec les centres communautaires par des “agents de planification”, spéacialisés dans un domaine qui devront et qui veilleront à la réalisation de programmes, en partenariat avec les centres communautaires. Ce rapport se fonde notamment sur le constat que les groupes communautaires sont dorénavant autonomes.
Non, “organisateur communautaire” et “agents de planification”, ce n’est pas exactement la même chose, comme l’explique ce site (qui prend position en faveur des organisateurs communautaires) ! Et les centres communautaires des quartiers concernés protestent vigoureusement contre cette décision, déjà effective depuis le 10 décembre. Ils regrettent le manque de concertation, la suppresiosn de ces postes appréciés dans le milieu où l’on reconnaissait leurs compétences et leur proximité. Du côté du CSSS, on justifie cette décision par la nécessité de trouver de nouvelles expertises sur des sujets précis, pour mieux servir la population. On veut croire que les contacts avec les centres communautaires seront maintenus grâce à la création d’un poste d’adjoint au partenariat.
Hier soir, les intervenants communautaires avaient donné rendez-vous à la presse. Ils comptaient bien profiter de la séance de questions du conseil d’administration pour demander au CSSS de revenir sur sa décision. Et ils étaient très remontés.
Améliorer la gamme des compétences, oui, mais pas en supprimant des postes. On ne sent pas respectés dans le travail accompli depuis toutes ces années au service de la population. On a recueilli une pétition de 416 signatures en quelques jours. Les centres communautaires sont révoltés. On ne vous fait plus confiance. N’avez-vous pas honte ? Vous êtes la risée du Québec, on en parle même dans la presse interne des services sociaux. Vous avez parlez en notre nom en disant qu’on était autonome, c’est scandaleux. Votre adjoint au partenariat ? Oui on l’a vu 30 minutes, il nous a donné des chèques, on a parlé de cette décision qui ne nous fait pas plaisir. On ne vous voit plus sur le terrain. Vous gaspillez les fonds publics… Et j’en passe !
Du côté du CSSS, on a surtout cherché à calmer les esprits. A expliquer les raisons de cette décision. Que l’on est en train de recruter les agents de planification qui seront dans les semaines sur le terrain pour connaître vos besoins (“Nos besoins ? Vous les connaissez : rendez-nous nos organisateurs communautaires !” lance une dame, elle est applaudie par le public).
Avant la fin de la séance des questions, chacun campant sur ses positions, les intervenants communautaires se lèvent comme d’un seul homme, et quittent la salle.
Quand j’interroge le directeur du CSSS, il ne dit pas autre chose que ce qu’il a tenté d’expliquer à ses gens. Il précise néanmoins qu’il n’est pas surpris.
Certains y voient le combat entre les petites gens proches de la réalité du quotidien d’un côté, et les technocrates de l’autre. Je serais bien mal à même de pouvoir juger d’une situation dont je commence à peine à entrevoir les enjeux. Bien sûr je suis capable d’en informer dans les grandes lignes. Mais je ne vis pas ici, et je ne me vois pas donner un avis, et mon maître de stage m’a demandé de rester neutre le plus possible.
Pourtant je ne m’empêche pas de me demander : ces agents de planification ne seront-ils pas capables d’accomplir la tâche qui leur est demandé pour l’amélioration du quotidien des habitants du quartier ? N’aurait-il pas mieux valu nommer les agents de planification avant de supprimer les postes d’organisateurs communautaires pour éviter le vide ? Chacun aura son avis sur la question, mais pour le bien des gens de ces quartiers, il est souhaitable qu’un dialogue constructif sur les problématiques sociales reprenne rapidement entre les différentes parties.







