Des sourires au repas de l’AQDR
Titem | 17 janvier 2008Pour cette édition de février 2008, j’ai eu l’occasion de m’intéresser à une association particulière : l’AQDR (Association Québécoise de défense des droits des Personnes retraitées et préretraitées). Qu’a-t-elle de particulière me direz-vous ? Il ne s’agit pas d’une association où l’on se contenterait d’assister les personnes âgées, bien que cela soit nécessaire dans certains cas. Il est d’ailleurs étonnant qu’ils utilisent le mot « association », relativement peu courant ici. On parle plutôt de centre (communautaire).
L’AQDR, comme son nom l’indique, affirme et défend les droits des personnes âgées, les aident à devenir plus autonomes. “Contester, dénoncer, revendiquer”, m’annonce Beatriz Ferrada, la coordinatrice de l’AQDR Saint-Michel. Sur le site Internet de l’association provinciale, vous pouvez y lire par exemple des textes où l’on parle du droit de mourir dans la dignité, de la revalorisation des retraites… Mais ce n’est pas l’essentiel de leurs actions, comme j’ai pu m’en rendre compte.
Il y eut donc ce repas, le 17 janvier, dans la salle du conseil de l’arrondissement. Ce n’était pas très difficile : cette salle jouxte les locaux du journal communautaire Le Monde. Près de 80 personnes devaient être présentes. Pourquoi à ce moment-là de l’année ? Beatriz Ferrada me donne cette explication : après le temps des fêtes, le mois de janvier est celui où l’on oublie les personnes âgés puisqu’on les a vu juste avant. On me présente les quelques responsables, pendant qu’un homme d’un certain âge (quelle manie d’avoir toujours à gérer les susceptibilités des uns !) anime le repas en chantant des tounes d’un autre temps.
Je prends quelques photos, je m’imprègne de l’ambiance, je fais connaissance avec une autre photographe, qui s’avère être l’une des filles de la coordinatrice de la section de l’AQDR Saint-Michel. C’est alors que, pendant que nous discutons, une petite vieille vient nous chicaner: « Je vous préviens, que je ne voie pas une seule photo de moi dans le journal, parce que sinon ça ira mal, je vous préviens, vous entendrez parler de moi ! ». Je lui explique patiemment que j’y ferais attention, mais que dans une salle où il y a beaucoup de monde il est difficile de savoir qui on a pris, que si elle s’y trouve ce n’est pas forcément celle là qui sera publiée. Elle répète ses menaces d’un doigt accusateur. Je me défends en essayant de lui montrer ma bonne foi. « Et ne me regardez pas avec ce petit sourire-là, ne vous moquez pas de moi ! ». J’étais de bonne humeur, mais en d’autres occasions, c’est le genre de propos qui me font exploser. Pourtant, ce n’est pas la première fois que cela m’arrive. Mais je DÉTESTE que l’on me prête des intentions ou des sentiments que je n’ai pas. C’est une sorte de violence, d’intrusion que je n’admets pas. C’est fou tous ces gens qui assimilent sourire et moqueries, alors que le sourire doit servir à apaiser les mœurs, montrer que l’on est attentif à la personne. Ils préfèrent qu’on leur tire la langue ou quoi ??? En tout cas, les Québécois sont gentils, mais… il y a toutes sortes de gens.
Les aînés commencent à se servir au buffet, j’attends qu’une table se soit installée pour les interroger. Je parle ainsi à Sergio, 78 ans, qui me raconte qu’il a déjà été en France, dans le Sud-Ouest, qu’il y connaît encore quelques personnes. Ses amis me demandent si je supporte facilement l’hiver, je leur demande de me parler de ce repas. On les sent satisfaits, curieux et chaleureux, ça fait plaisir à voir.
Pendant ce temps, la grand-mère qui m’avait interpellé sur les photos cherche à provoquer un nouvel esclandre : la nourriture était froide, pas bonne, elle ne reviendra jamais ! Personne n’y prête attention, chacun est trop occupé à faire la fête. Je suis le dernier à me servir à manger, et les plats sont encore chauds, et délicieux. «Bon débarras !» me dit une jeune fille qui aide à la fête. «Elle n’est jamais contente».
Les députés fédéraux sont présents : Vivian Barbot, bloquiste, élue dans Papineau, et Massimo Pacetti, libéral, élu dans Saint-Michel/Saint-Léonard, ainsi que la maire de l’arrondissement, Anie Samson. Tous saluent les aînés présents dans la salle, leur adressent des vœux.
Béatriz Ferrada, la coordinatrice de l’AQDR Saint-Michel, évoque les personnes âgées qui n’ont pu se rendre à ce repas, et les différents projets en cours, notamment la navette de Saint-Michel, dont je lui parlerai plus largement plus tard, en interview.
La fête se poursuit, les personnes âgées dansent, plusieurs m’invitent à partager une danse… La maire d’arrondissement virevolte avec un grand-père. Clic, c’est dans la boîte. « Pas question de mettre ça dans le journal hein ? me dit-elle en rigolant » « C’est un cliché qui vaut cher ! » lui réponds-je, avec un grand sourire. Je l’ai croisée régulièrement au cours de mes reportages, et elle a toujours une parole, un geste amical envers ses interlocuteurs, électeurs ou non. J’apprécie cette chaleur.
Une jeune fille du Bloc Québécois distribue à chaque aîné une carte que l’on nous invite à envoyer au Premier Ministre du Canada, Stephen Harper. Et je repense à ses propos de Beatriz Ferrada : “On s’intéresse beaucoup aux aînés au moment des élections, mais après, ce sont les grands oubliés”.

Je rentre au bureau et rédige d’un trait ma brève, en 20 minutes à peine. Le titre provisoire « Papy fait le plat de résistance ». Une plaisanterie pas forcément appréciée – pour une fois que j’essayais de faire preuve d’un peu d’humour – ni d’ailleurs comprise : papy n’est pas un terme usité ici, et le film de Jean-Marie Poiré n’est même pas connu. Mais… c’est fou ce que ces personnes âgées peuvent vous donner la pêche !







