La réalité proche de soi : l’entreprise d’insertion Petites-Mains
Titem | 23 janvier 2008Cette question, je me la pose depuis mon arrivée au Québec. Elle est revenue sur le terrain du débat, alors que j’étais en reportage pour présenter Petites-Mains. Ce que j’observe existe-t-il en France ?
Petites-Mains est à la fois un organisme de bienfaisance et une entreprise d’insertion. Son but : insérer, par le biais de divers programmes (cours de francisation, aide à la rédaction d’un CV et de préparation d’entretien, apprentissage de la couture industrielle, stage dans divers milieux…) les personnes immigrantes, en particulier des femmes venant des quatre coins du Monde : 10000 depuis le début de cette organisme, de 80 pays différents.
Suite à la fermeture d’un comptoir alimentaire, une religieuse missionnaire, sœur Denise Arsenault, fonde un petit atelier avec 6 femmes immigrées et 4 machines à couture. Ce petit atelier prend de l’ampleur et deviendra Petites-Mains. Ne pas attendre la charité, mais prendre ses responsabilités et s’en sortir. La philosophie est claire, et elle s’affiche dans les locaux du nouveau bâtiment.
“Donne un poisson à un homme il mangera un jour, apprends-lui à pêcher il mangera tous les jours”.
Entreprise d’insertion n’est pas qu’une description. C’est une appellation certifiée, un gage de qualité de l’encadrement délivré, reconnu par le Gouvernement du Québec. Une entreprise d’insertion doit répondre à 7 critères précis :
- Mission d’insertion sociale ;
- Caractéristiques des participants en difficulté ;
- Entreprise véritable ;
- Statut de salarié aux travailleurs en formation ;
- Accompagnement personnalisé ;
- Formation globale (personnelle, sociale et technique) ;
- Partenariat avec les acteurs de son milieu.
Pourquoi parler de Petites-Mains ? L’organisme, autrefois situé dans Côte-des-Neiges, un autre quartier de Montréal, marqué par une forte proportion de personnes issues de l’immigration, déménage dans des locaux plus grands, dans le quartier Villeray. Et pas n’importe où : sur le Boulevard Saint-Laurent, la grande artère qui divise Montréal en une partie ouest et une partie est, facilement accessible par les transports en commun. Le logo de l’organisme s’affiche en grand. Difficile de le rater.
Arrivé là-bas, on me montre les nouveaux locaux, certains encore en travaux. L’atelier de sérigraphie, les salles de cours, l’atelier de couture industrielle.
Impossible de prendre une photo de cet atelier : « Certaines femmes, pour des raisons personnelles ou culturelles, n’accepteront pas de se faire prendre en photo », m’explique Isabelle Boire, intervenante sociale. Mais elle me présente une de ses petites mains, Mounia, que je prends en photo. Elle ne sera pas choisie pour le tirage, afin de se différencier des autres journaux ! Mounia vient du Maroc, et vit depuis 4 ans au Canada, après un séjour en Allemagne. Petites-Mains est comme une famille pour elle.
Famille, c’est le mot qu’utilisera Isabelle Boire. Beaucoup de ces personnes ont été orientées grâce au bouche-à-oreille. Toute la famille pourra dorénavant se retrouver au café-comptoir, encore en travaux : ouvrières, intervenants communautaires, clients… Café, car on pourra s’y restaurer. Comptoir, car y seront présentés les produits fabriqués à Petites Mains. Et notamment le sac en coton équitable.
Petites-Mains n’est pas seulement une entreprise d’insertion, elle se revendique de valeurs équitables : utilisation progressive de matières premières équitables, production locale, rémunération correcte des ouvrières… Les clients sont conscientisés afin d’acheter équitable, ce qui fait que non, Petites Mains n’est pas menacée par la Chine. Ils ne jouent pas dans la même division, si l’on peut dire.
Ce genre d’excellente initiative existe-t-il en France ? Je crois qu’il peut être utile de s’inspirer de ce qui se fait ailleurs que chez nous, et que la comparaison peut aussi être un ressort intellectuel. Mais je ne voudrais pas tomber dans la béatitude, tout est beau, tout est formidable. La directrice générale de Petites-Mains m’explique qu’elle a participé à un colloque international des entreprises d’insertion, et qu’elle y a retrouvé des entreprises belges ou françaises. Et moi qui habite à 5 kilomètres de la Belgique, je ne connais pas ce genre d’entreprises ? « J’habitais dans ce quartier, et avant de travailler je ne savais pas que cela existait non plus », me confie Isabelle Boire.
Oui, cela existe en France, il suffit de faire l’effort d’observer. Mais les moyens de communication sont tels qu’à force de vouloir voir le plus loin possible, on en oublie presque ce qui est proche de nous. Et c’est en étant loin de chez moi que je vois ce qui peut se faire localement.









